Vous êtes ici Accueil Tout savoir sur la prééclampsie Tout savoir sur la prééclampsie Santé 19/01/2026 Partager Facebook share Twitter LinkedIn WhatsApp Complication redoutée, mais encore trop méconnue de la grossesse, la prééclampsie (ou pré-éclampsie) concerne environ 3 à 4 % des femmes enceintes. Elle se manifeste souvent sans prévenir, au cours du deuxième ou du troisième trimestre, et peut avoir des conséquences sérieuses si elle n’est pas rapidement détectée.En tant que sage-femme, j’ai accompagné de nombreuses femmes concernées, et je le répète souvent : être bien informée, c’est aussi une façon de mieux vivre sa grossesse et de repérer les premiers signes de cette pathologie tant redoutée.Dans cet article, je vous propose de faire le point sur cette pathologie : comment elle se manifeste, quels sont les facteurs de risque, et comment on la prend en charge. Parce que, oui, on peut traverser une grossesse avec une prééclampsie. La prééclampsie : qu’est-ce que c’est ?La prééclampsie (ou pré-éclampsie) est une maladie spécifique à la grossesse. Elle associe une hypertension artérielle (supérieure à 14/9) à une présence anormale de protéines dans les urines, appelée protéinurie. Elle survient le plus souvent après 20 semaines d’aménorrhée, parfois même en post-partum, et résulte d’un dysfonctionnement du placenta.Dans un contexte normal, le placenta assure les échanges entre la mère et le fœtus (oxygène, nutriments, hormones). Mais dans le cas de la prééclampsie, ses vaisseaux sanguins se développent de manière anormale. Cette mauvaise vascularisation perturbe la circulation sanguine et peut entraîner une libération de substances toxiques dans le sang maternel.Une maladie aux causes multiplesIl n’existe pas une cause unique, mais plusieurs facteurs qui peuvent contribuer à l’apparition de cette mauvaise vascularisation placentaire :Des anomalies dans le dialogue immunitaire entre la mère et le fœtus ;Un dysfonctionnement de certains gènes impliqués dans la formation des vaisseaux (le placenta est en partie d’origine fœtale) ;Une mauvaise tolérance du corps maternel au placenta, considéré comme "étranger".La recherche avance : des pistes génétiques, hormonales et immunologiques sont actuellement à l’étude pour mieux comprendre pourquoi certaines femmes développent cette pathologie, et d'autres non. Quels sont les facteurs de risque de la prééclampsie ?La prééclampsie peut toucher n’importe quelle femme enceinte, même sans antécédent médical. Toutefois, certains facteurs augmentent la probabilité de développer cette complication :Première grossesse : c’est dans ce contexte qu’elle survient le plus fréquemment.Antécédents personnels ou familiaux : avoir déjà fait une prééclampsie, ou avoir une mère ou une sœur concernée.Grossesse multiple : attendre des jumeaux ou plus augmente le risque.Hypertension chronique ou maladie rénale préexistante : ces pathologies fragilisent les reins et la circulation sanguine.Maladies auto-immunes : notamment le lupus ou le syndrome des antiphospholipides.Diabète : qu’il soit préexistant ou gestationnel.Obésité (IMC > 30) : qui impacte les systèmes cardiovasculaire et inflammatoire.Âge maternel : inférieur à 18 ans ou supérieur à 40 ans.Fécondation in vitro ou don d’ovocyte/sperme : les grossesses médicalement assistées comportent un risque légèrement accru.Exposition limitée au sperme du partenaire : un changement récent de partenaire ou une utilisation prolongée de préservatifs limiterait l’adaptation immunitaire à l’embryon. Quels sont les symptômes de la prééclampsie ?La prééclampsie peut évoluer de manière silencieuse, surtout dans les premières semaines. C’est pourquoi les consultations de suivi de grossesse, avec prise de tension et analyse d’urines, sont si importantes. Cependant, certains signes peuvent alerter :Une hypertension artérielle : la tension est considérée comme trop élevée lorsqu’elle dépasse ou qu’elle est égale 140/90 mmHg. C’est souvent le premier signe détecté lors d’un rendez-vous médical, sans que la patiente ressente forcément de gêne.Une présence de protéines dans les urines (protéinurie) : les reins, perturbés par la maladie, laissent passer des protéines qui sont normalement filtrées. Cela ne provoque pas de douleur, mais se détecte par un test urinaire simple qui est pratiqué chaque mois là aussi.Des œdèmes importants : il est normal d’avoir les jambes un peu gonflées en fin de grossesse, mais si les chevilles, les mains ou le visage se mettent à enfler brutalement, cela peut être un signe de prééclampsie.Des maux de tête persistants : des céphalées intenses, inhabituelles et qui ne passent pas avec du paracétamol peuvent être le signe que la pression artérielle est trop élevée.Des troubles de la vision : voir flou, percevoir des taches noires, des éclairs lumineux ou avoir une sensibilité accrue à la lumière sont des signes neurologiques à prendre au sérieux.Des douleurs sous les côtes, côté droit : parfois ressenties comme une barre sous la poitrine, ces douleurs peuvent traduire une souffrance du foie liée à la prééclampsie.Des nausées ou vomissements inexpliqués : s’ils apparaissent après le 2ᵉ trimestre, ils peuvent être dus à un dysfonctionnement des organes internes et non aux « nausées de grossesse » habituelles.Une baisse de la quantité d’urines : si vous urinez beaucoup moins que d’habitude ou que les urines sont très foncées, cela peut signaler un problème rénal.Une prise de poids rapide et importante : au-delà de la prise de poids progressive normale pendant la grossesse, une augmentation de plusieurs kilos en quelques jours peut indiquer une rétention d’eau excessive.Ce qu’il faut retenir :Tous ces symptômes ne sont pas systématiques. Une femme peut avoir une prééclampsie sans gonflements visibles ni maux de tête. Mais en cas de doute, surtout au-delà de la 20ᵉ semaine de grossesse, il est toujours préférable de consulter. Comment diagnostique-t-on une prééclampsie ?Le diagnostic de la prééclampsie repose sur deux éléments clés, faciles à surveiller lors du suivi de grossesse :La tension artérielle : une prééclampsie est suspectée si la tension artérielle est supérieure à 140/90 mmHg, et ce, après la 20ᵉ semaine d’aménorrhée. Il ne suffit pas d’un seul chiffre élevé : deux mesures espacées dans le temps sont généralement nécessaires pour confirmer une hypertension.La protéinurie : il s’agit de la présence anormale de protéines dans les urines, qui indique que les reins sont affectés. Elle peut être détectée :soit avec une bandelette urinaire en consultation ou en pharmacie ;soit avec une analyse d’urines de 24 h en laboratoire pour quantifier plus précisément la protéinurie.Quand ces deux signes sont présents (hypertension + protéinurie), le diagnostic de prééclampsie peut être posé. Et en cas de doute ?D’autres examens peuvent compléter le bilan pour évaluer l’état de santé de la mère et de l’enfant :analyses sanguines (fonction hépatique, rénale, plaquettes) ;échographie pour surveiller la croissance fœtale ;monitoring pour vérifier l’activité cardiaque du bébé. Quelles sont les complications possibles de la prééclampsie ?Si elle n’est pas surveillée ou traitée, la prééclampsie peut entraîner des complications graves :Pour la mère :L’éclampsie : c’est la forme la plus sévère, avec des crises de convulsions. C’est une urgence vitale.Le syndrome HELLP : il associe des troubles du foie, une baisse des plaquettes (risque d’hémorragie) et une destruction des globules rouges.Une hémorragie cérébrale : liée à une hypertension très élevée et mal contrôlée.Un œdème pulmonaire : accumulation de liquide dans les poumons, provoquant un essoufflement brutal.Une insuffisance rénale aiguë.Pour le bébé :Un retard de croissance intra-utérin : à cause du placenta qui ne fonctionne pas correctement.Une naissance prématurée, parfois très précoce si l’état de la mère ou du bébé se dégrade.Une souffrance fœtale aiguë : en cas de décollement du placenta ou de chute brutale de l’oxygène.Dans de rares cas, le décès du bébé in utero ou à la naissance. Comment traite-t-on une prééclampsie ?Il n’existe pas de traitement qui « soigne » définitivement la prééclampsie pendant la grossesse. Le seul remède est l’accouchement, car le placenta doit être retiré pour que la maladie disparaisse. En attendant, tout l’enjeu est de gagner du temps en protégeant la mère et son enfant, jusqu’à ce que la naissance soit possible.En cas de forme modérée :Repos à domicile ou à l’hôpital, souvent allongée sur le côté gauche pour améliorer la circulation vers le placenta.Surveillance rapprochée : tension, analyses de sang et d’urine, échographies régulières.Traitement antihypertenseur : pour limiter les risques liés à la tension élevée.Parfois, hospitalisation si les signes évoluent ou si le terme de la grossesse approche.En cas de forme sévère :Hospitalisation immédiate en milieu spécialisé.Corticoïdes administrés à la mère avant 34 semaines, pour aider les poumons du bébé à mûrir plus vite en cas d’accouchement prématuré.Traitement pour prévenir les convulsions (notamment sulfate de magnésium).Accouchement déclenché ou césarienne si l’état de la mère ou de l’enfant le nécessite, même si la grossesse n’est pas à terme. Et après l’accouchement ? Les symptômes disparaissent généralement en quelques jours, mais une surveillance post-partum reste essentielle. Il est aussi possible de développer une prééclampsie après la naissance, jusqu’à 6 semaines après l’accouchement. Quelles sont les conséquences à long terme de la prééclampsie ?La prééclampsie ne disparaît pas toujours complètement après l’accouchement. Certaines femmes développent ensuite une hypertension chronique, des problèmes cardiaques ou des troubles rénaux.Pour l’enfant, surtout en cas de prématurité, il peut exister un risque plus élevé de petit poids de naissance ou de retard de développement. Ces conséquences ne sont pas systématiques, mais elles rappellent l’importance d’un bon suivi médical après la naissance, pour la mère comme pour le bébé. Bien s’informer pour mieux vivre sa grossesseLa prééclampsie est une maladie sérieuse, mais elle ne signifie pas forcément que la grossesse se passera mal.Grâce à un dépistage régulier, une prise en charge adaptée et un bon accompagnement médical, de nombreuses femmes traversent cette épreuve et donnent naissance à des bébés en bonne santé.S’informer, reconnaître les signes et ne pas hésiter à consulter sont les meilleurs réflexes à adopter. Parce que comprendre ce qui se passe dans son corps, c’est déjà un pas vers plus de sérénité.Pour finir, je vous renvoie vers la merveilleuse association “Grossesse santé” qui est une mine d’or de ressources sérieuses et qui effectue un travail fantastique d’information et de protection. https://grossesse-sante.org/ Un contenu proposé par Anna Roy« Sage-femme et figure médiatique engagée, Anna Roy met son expertise et son expérience au service d’un accompagnement bienveillant des femmes, de la maternité à toutes les étapes de leur vie. »